
Le spleen américain. Dans une atmosphère cinématographique à la David Lynch, la metteuse en scène et comédienne Olivia Corsini, vue chez Ariane Mnouchkine ou Cyril Teste, adapte au théâtre avec talent l’écriture mélancolique de Raymond Carver. L’Amérique des années 70 et 80 qu’il dépeint, a engendré les premiers laissés-pour-compte du capitalisme : tourments du quotidien, marginalisation, solitude, rêves brisés. Six comédiens interprètent avec finesse cette galerie de personnages en perte de repères à un moment clé de leur vie. Dans un décor empruntant aux tableaux énigmatiques d’Edward Hopper, l’émotion est à fleur de peau, la tension palpable, offrant au spectateur une plongée dans l’univers de Carver où l'humain révèle toute sa complexité.
D’après des nouvelles de Raymond Carver Mise en scène et adaptation Olivia Corsini avec Erwan Daouphars, Fanny Decoust, Arnaud Feffer, Nathalie Gautier, Olivia Corsini, Tom Menanteau collaboration artistique Leila Adham, Serge Nicolaï assistanat à la mise en scène Christophe Hagneré scénographie et costumes Kristelle Paré création sonore Benoist Bouvot création lumière Anne Vaglio chorégraphie Vito Giotto régie générale et lumière Julie Bardin régie son (en alternance) Samuel Mazzotti, Rémi Base régie plateau Charlotte Fégelé
Production Wild are the Donkeys | Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône
Coproduction MC2: Maison de la Culture de Grenoble | Châteauvallon - Liberté, Scène nationale de Toulon | Le Manège Maubeuge - Scène nationale Transfrontalière | La Maison de la Culture de Nevers | Théâtre Molière Sète, Scène nationale archipel de Thau | Théâtre-Sénart, Scène nationale | Maison de la culture Bourges - Scène nationale
Construction décor Ateliers de la Maison de la culture Bourges - scène nationale
Avec le soutien de La vie brève - Théâtre de l’Aquarium • Mi-Scène de Poligny Projet soutenu par le ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles d'Île-de-France : Aide à la création et fonds de production Avec la participation artistique du Jeune théâtre national
Raymond Carver est représenté par la Wylie Agency - Londres
Remerciements Andrea Pazienza, Andrea Romano, Aurélien Gerhards, Charlotte Pesle Beal, Collectif MXM, Elaine Méric, Lucie Basclet, Gaia Saitta, Guillaume Allory, Marc Prin, Marc Susini, Massimiliano Nicoli, Massimo Troncanetti, Maïlys Trucat, Théâtre du Soleil, Victoire Dubois, Zakariya Gouram, Ari Felberbaum, Anna Régnard et Carine Goron
« À l’image du tableau de Edward Hopper, Nighthawks, où les grandes parois de verre du bar laissent deviner la profonde solitude des quatre personnages qui ne se regardent pas, les protagonistes des nouvelles de Carver vivent dans leur monde fait d’objets, de lits, de téléphones, de bouteilles, telles des figurines dans un grand tableau. Les personnages comme des petites poupées restent dans des intérieurs isolés, des refuges éclairés par les lueurs des abat-jours. Chacun dans leur espace, comme autant d’îlots sans connexion entre eux.
Je voudrais tout d’abord construire des images qui aient un impact sensoriel et émotionnel et pas seulement esthétique. L’envie d’un projet naît d’une vision ; le décor n’est pas une scénographie mais la matrice ; le cadre est le moteur de l’état dans lequel je cherche à plonger les acteurs.
Carver n’avait pas le temps d’écrire de romans, sa situation économique ne le lui permettait pas de se consacrer complètement à l’écriture, il n’écrivit donc que des nouvelles courtes. En peignant ses personnages par des détails extrêmement parlants et reconnaissables, il restitue pour nous des instantes clefs, des moments banals du quotidien où pourtant tout peut se jouer, où tout peut vriller. Oui, malheureusement, on ne se quitte que très rarement dans la brume au petit matin sur le quai d’une gare… Le plus souvent cela se passe sans romantisme entre l’arrivée du plombier et le départ pour le travail. La vraie vie entrave l’image de la vie en nous révélant en tant que petits individus dont les actions entraînent des conséquences inéluctables.
Pour incarner ces gens qui pourraient être nous-mêmes dans ces moments de grande détresse, il nous faut les approcher avec beaucoup d’empathie et d’affection, sans jamais les juger. Dans ce chemin de reconnaissance en l’autre, Carver est notre guide.
C’est aussi la violence du rêve américain qui se devine à travers les nouvelles de Carver. Ses personnages figurent l’Amérique déclassée, humiliée et hantée par les soucis matériels. Pas de winner ici, seulement des êtres obsédés par la peur de manquer, de rater et de perdre le peu qu’ils ont encore. Ces émotions ne concernent plus la seule Amérique aujourd’hui. Confrontées à la précarisation généralisée et à l’individualisme qui en découle, nos existences et nos intimités dialoguent avec celles dépeintes par Carver. Il ne s’agit pas de prétendre qu’il est notre contemporain mais de réfléchir avec lui à ce que le monde postmoderne et l’idéologie ultralibérale fait à nos âmes. »
Raymond Carver
Raymond Carver, dont la fiction a revigoré la nouvelle, a exercé une influence importante sur les écrivains du monde entier. Né à Clatskanie, dans l’Oregon, le 25 mai 1938, le London Times l’a surnommé « le Tchekhov américain » pour son souci du détail et ses portraits intimes de la classe ouvrière luttant pour atteindre le soi-disant rêve américain. Il était également un poète prolifique et accompli. Il a commencé à écrire de la fiction et de la poésie au lycée et a étudié la fiction avec le romancier John Gardner à la California State University Chico. Il a suivi le prestigieux Iowa Writers’ Workshop de 1963 à 1964.
La fiction de Carver a remporté de nombreux prix, dont une bourse Guggenheim et le Mildred and Harold Strauss Living Award en 1983, ce qui lui a permis d’écrire à plein temps pendant les cinq années suivantes. Son recueil Tais-toi, je t’en prie (Will You Please Be Quiet, Please) a été nominé pour le National Book Award, tandis que Les vitamines du bonheur (Cathedral) a été nominé pour le prix Pulitzer de fiction en 1984. Son dernier recueil de nouvelles est Les trois roses jaunes (Where I’m Calling From). En 1977, il rencontre l’écrivaine Tess Gallagher, originaire du Nord-Ouest des États-Unis. Elle deviendra sa plus proche compagne et collaboratrice pendant une décennie. Ils se marient à Reno en 1988. Son œuvre continue d’être adaptée au théâtre et au cinéma dans le monde entier. Short Cuts (1993) de Robert Altman contient neuf histoires de Carver et sa première a été saluée par la critique au Lincoln Center. L’histoire de Carver Parlez-moi d’amour (What We Talk About When We Talk About Love) est devenue la base de la pièce de théâtre du film oscarisé d’Alejandro González Iñárritu Birdman (The Unexpected Virtue of Ignorance) (2015). Carver décède à son domicile de Port Angeles, Washington, le 2 août 1988, à l’âge de 50 ans, après avoir terminé A New Path to the Waterfall, un recueil de poèmes désormais inclus dans son ouvrage posthume All of Us : The Collected Poems. Son œuvre a été traduite dans plus de 30 langues.
Olivia Corsini, metteuse en scène
Actrice et metteuse en scène, née à Modena en Italie, Olivia est formée à l’école nationale d’art dramatique Paolo Grassi de Milan et aux côtés d’artistes tels que Tina Nilsen (Odin Teatret), Julie Anne Stanzak (Tanztheater Wuppertal Pina Bausch), Kim Duk Soo, Carolyn Carlson et Emma Dante. Et pendant deux ans elle travaille dans la compagnie inter-nationale Teatro de los Sentidos, dirigée par le metteur en scène colombien Enrique Vargas, à Barcelone. En 2002, Olivia intègre la troupe du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine où elle y interprète les rôles princi-paux jusqu’en 2013.
Elle s’occupe par la suite de pédagogie et de formation dans différentes structures en Italie, en France et en Amérique latine : Centre de Formation « O barco » (Sao Paolo Brésil) ; Timbre 4 (Buenos Aires -Argentine) ; L’ARIA (Robin Renucci-Corse) ; Université Aix Marseille d’Arts de la scène ; The Accademia of Physical Theater – Accademia Teatro Dimitri (Suisse). Elle signe les mises en scène du projet intergénérationnel Di Ciro il modernista e di altre aventure au Teatro Espace à Turin ; les spectacles Nothing Is Lost (Accademia Dimitri) et The Party Is Over (Cie Cirque Zanna) en Suisse ; Le Saut production Universitaire Aix Marseille ; et A Bergman Affair avec Serge Nicolaï. Depuis 2011 elle fait partie du Collectif If Human de Bruxelles où elle épaule en tant que collaboratrice artistique la metteuse en scène Gaia Saitta pour les spectacles Fear and Desire et Yes, No, Maybe. Au cinéma, elle joue dans les derniers films d’Ariane Mnouchkine, et pour Tonino de Bernardi. Elle incarne le premier rôle et elle co-écrit le film Olmo and The Seagull de Petra Costa (productions Zentropa-Lars Von Trier/Tim Robbins). En 2017 elle fonde la compagnie The Wild Donkeys avec Serge Nicolaï. Ces dernières année, Olivia est actrice protagoniste dans Democracy in America de Roméo Castellucci, dans Richard II, de Shakespeare, par Guillaume Séverac-Schmitz, dans La Mouette, de Tchekhov, par Cyril Teste, dans le rôle d’Arkadina, et dans A Bergman Affair qu’elle co-signe aux cotés de Serge Nicolaï. Lors de la saison 2024-2025, Olivia retrouve Cyril Teste dans Sur l’autre rive, d’après Platonov de Tchekhov, dans le rôle de Anna Petrovna.