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L'illusion comique

Pierre Corneille | Denis Podalydès

Note d'intention

L’illusion comique, au sens premier, c’est l’illusion théâtrale et non une illusion destinée à faire rire.

Au XVIIème siècle, comédie désigne aussi bien le théâtre que le genre dramatique, art assez neuf en France en ces années 1630. Plus tard Corneille - dans l’édition de 1660 - ne gardera du titre que le seul mot d’illusion, précisant peut-être la visée de sa pièce : présenter ou raconter à la fois le principe et le métier du théâtre.

L’histoire a préservé l’adjectif comique, au risque de la méprise, parce que la drôlerie est bel et bien présente dans l’oeuvre. Et nous suivons cet usage, parce que les deux mots vont bien ensemble. Mais sachons que l’illusion peut tout aussi bien être tragique. Le dernier acte est d’ailleurs une tragédie, dans son sens littéraire et fictif. Mais il y a du tragique partout, si on y prend garde, jusques dans Matamore, le héros comique. Rien n’est résolument triste ou gai. Rien n’est sûr. Le théâtre désigne aussi le monde en ces temps anciens, car le monde est lui-même un théâtre sous le regard de Dieu qui le constitue en apparence pure. L’illusion dit la vérité du théâtre autant que la vérité du monde qui est illusoire. Grand thème baroque, évidemment, n’insistons pas, tout ceci est connu, quoique toujours émouvant à réveiller.

Un homme cherche son fils avec lequel il a rompu dix ans auparavant. Désespéré, il craint d’apprendre sa mort, qui le lui enlèverait à jamais, sans réconciliation possible ; nous avons peine pour lui et, comme son ami Dorante, qui ouvre la pièce, nous aimerions l’apaiser. Cet ami amène ce père à l’orée d’une grotte, où vit un mage capable de faire venir et parler les spectres. Alcandre, ce mage, paraît lui-même. Commence la féerie. Tout est faux, tout est vrai ; le père va s’y perdre et se perdant, retrouver son fils. Et retrouvant ce fils, dont le mage dévoile la vie, les amours et le métier qu’il exerce, il découvre le théâtre et ses pouvoirs, érotiques, tragiques et comiques. L’Illusion comique est une école du théâtre, un apprentissage dont l’élève est le père, et le fils, le maître sans le savoir. Nous serons devant l’antre que tout plateau dessine dans une cage de scène ou sous un ciel de nuit. Devant le plus artisanal des théâtres.

Ce sera un spectacle presque rudimentaire, reposant essentiellement sur l’éclat des situations, des caractères et du vers cornélien, matière première de l’illusion produite. Le premier acte est un prologue, les trois suivants la comédie violente des amours de Clindor - le fils -, sa rencontre périlleuse avec Isabelle qui ne lui est pas destinée, faisant survenir un autre père en vis-à-vis ; le dernier acte est la tragédie crépusculaire de ce couple qui se défait sous nos yeux, avant que le dernier coup de théâtre n’emporte tout.

Cinq comédiens, deux comédiennes se partageront les quinze rôles. L’illusion sera apparente et motrice, on se servira des règles ou de chaque possibilité élémentaire du théâtre : un acteur, une actrice, est lui (elle)-même et un(e) autre. Je travaillerai avec le souvenir d’un éblouissement vieux de quarante ans : l’Illusion de Strehler, qui travailla lui-même avec le souvenir de Jouvet. Je dis bien le souvenir. Ce ne sera pas une tentative de recréation, mais une interrogation sur le pouvoir de cette pièce au travers de mon vieil enchantement, grotte où je tâche parfois de retrouver le plus pur de ce que j’aime au théâtre, en espérant le partager avec d’autres, ou plutôt qu’ils le réinventent, eux, devant tous.

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