Du théâtre enregistré à distance…

Par le Lycée Galilée

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Soutenus chaque année par le Théâtre-Sénart et la DRAC Île-de-France, l’option et l’enseignement de spécialité théâtre du lycée Galilée de Combs-la-Ville ont pu bénéficier de la continuité pédagogique lors de la crise sanitaire liée au COVID-19. Malgré la fermeture du lycée et du Théâtre dès la mi-mars 2020, encadrés à distance par leur professeur Marie-Noëlle Vibert et les comédiennes intervenantes Marie-Aude Weiss, Marion Suzanne et Cécile Gérard, les élèves de Seconde, Première et Terminale ont ainsi poursuivi leur travail théorique et pratique en vue de le restituer « autrement ».

 

Retour en son et en images sur cette expérience, commenté par Marie-Noëlle Vibert, Professeur responsable de l’option et spécialité théâtre au lycée Galilée, Combs-la-Ville.
 

Comment nous avons continué à travailler en option et spécialité théâtre en temps de confinement

Lorsque les lycées ont dû fermer, à la mi-mars, nous avons été très inquiets pour la réalisation de nos projets sur scène (c’est déjà le cas lorsqu’une seule répétition est supprimée…). Mais nous nous devions de rester optimistes, il fallait nous tenir prêts pour faire des miracles en peu de temps lors la réouverture, quitte à réduire la voilure… Les séances de répétition ont donc été remplacées par des italiennes à distance, pour assurer et entretenir la connaissance des textes, l’architecture collective, essayer de continuer à progresser un peu dans l’interprétation, malgré les difficultés de connexion des uns et des autres… Et profiter de ce temps pour récapituler, mettre par écrit et commenter le détail de nos mises en scène, individuellement et collectivement.
 

Mais au fil des semaines, il a fallu nous rendre à l’évidence : les théâtres ne rouvriraient pas avant le mois de juillet… Quand bien même nous pourrions reprendre les répétitions (cela ne sera pas le cas), nous ne pourrions pas présenter notre travail devant un public…
 

Que faire ? Tout arrêter ? Quelle frustration pour les élèves ! Avoir tant travaillé pour ne rien montrer… Le théâtre n’a de sens que pour un public…
 

Alors sont venues petit à petit des idées de projets alternatifs. Ce qui était au départ une plaisanterie pour s’amuser de cette situation inédite, à ne jouer que vocalement, et à distance : « On pourrait faire un enregistrement radiophonique ! comme sur France Culture ! », cette idée a pris forme…

Avec les élèves de Seconde

Un des textes travaillé avec les élèves de Seconde, qui devait servir d’introduction au spectacle, pouvait être intéressant à enregistrer sous forme radiophonique : il s’agissait d’un montage de différents extraits d’une pièce d’Hervé Blutsch et Benoît Lambert, intitulée Qu’est-ce que le théâtre ?, auxquels nous avions intégré quelques phrases recueillies par Jean-Pierre Moulères dans Moi, j’ai rien d’intéressant à dire : petits propos sur le théâtre par ceux qui n’y vont presque pas. La comédienne intervenante Marie-Aude Weiss s’est associée à son tour au travail d’enregistrement, et nous avons redécouvert ensemble, en les enregistrant, toute la richesse d’interprétation de nos élèves.
 

Avec les élèves de Première

Avec les élèves de Seconde et de Première, nous avions travaillé toute l’année sur le thème du théâtre. Nombre de nos scènes n’avaient de sens que dans un rapport au public, dans une forme de théâtre dans le théâtre. Mais nous avions aussi travaillé avec les élèves de Première sur des textes plus théoriques, exprimant et confrontant différentes visions du théâtre, comme celles de Stanislavski, Brecht, Artaud, Vitez… Notre comédienne partenaire, Marion Suzanne, a eu l’idée de réaliser un montage vidéo qui reprendrait un certain nombre de ces textes, en les adaptant et en les mêlant à des textes personnels que les élèves écriraient sur leur expérience du confinement. Ce qui donnerait une sorte de rêve de théâtre en temps de confinement… Les élèves se sont filmés chacun chez eux, nous faisions le point toutes les semaines pour leur donner des idées et pour réfléchir à la structure d’ensemble, et finalement trouver un titre, tiré d’une des pièces intégrées dans le montage, Ma chambre froide de Joël Pommerat : En fait j’ai rêvé que j’étais avec vous quelque part…
 

Avec les élèves de Terminale

Une des œuvres au programme du baccalauréat que nous avions travaillée avec les élèves de Terminale Britannicuspouvait s’y prêter : la langue de Racine s’écoute presque aussi bien qu’elle se joue, c’est un poème sublime, les mots se suffisent presque à eux-mêmes…

Alors avec les élèves volontaires, ceux qui n’ont pas baissé les bras, nous avons transformé nos séances d’italiennes en véritables séances d’interprétation. Sur le texte de Racine, ce fut très long et très minutieux. Les élèves étaient déjà bien entraînés à dire les alexandrins, mais l’enregistrement ne permet aucune approximation, aucune erreur. Et puisqu’on ne voit pas les corps, ni leurs jeux dans l’espace, tout doit s’entendre dans la voix. Par chance, la comédienne qui travaillait avec nous sur ce projet, Cécile Gérard, est une habituée de la radio. C’est un véritable travail de dentelle que nous avons effectué avec les élèves, améliorant petit à petit les moindres inflexions, développant toute une palette de nuances, amenant aussi les élèves à la puissance et la rage. Ils nous ont impressionnées. Ils ont saisi tous nos conseils pour s’approprier ce texte difficile et en exprimer la richesse et la force.

Techniquement, nous avons dû tâtonner un peu…

Il y eut de nombreux problèmes de connexion, des coupures… Les logiciels de visio-conférence qui ne prévoyaient pas l’enregistrement du son, ou le son qui n’était pas de bonne qualité car il dépendait de la connexion internet… Finalement, la solution trouvée fut d’enregistrer tous ensemble pour être connectés et jouer ensemble, mais chaque élève s’enregistrait en même temps sur son téléphone et m’envoyait ensuite l’enregistrement.

Je maîtrisais déjà le montage audio, mais comme il y eut de très nombreuses prises, il fallut choisir, durant de longues heures, réplique par réplique… Et je me suis mise aussi au montage vidéo, que je n’avais quasiment jamais pratiqué jusqu’alors.

Nous sommes vraiment heureux du résultat de ces enregistrements, dont les élèves peuvent être très fiers. Mais nous espérons vraiment pouvoir à nouveau jouer et répéter sur scène à partir du mois de septembre, et retourner au théâtre « en vrai ». Car le spectacle vivant n’est pas un enregistrement audiovisuel, il a besoin de la présence réelle des artistes et des spectateurs…
 

Marie-Noëlle Vibert, Professeur responsable de l’option et spécialité théâtre au lycée Galilée, Combs-la-Ville. Le 19 août 2020.

CRÉDITS

Propos sur le théâtre

Enregistrement réalisé en juin 2020, à distance, avec les élèves de Seconde option théâtre du lycée Galilée, Combs-la-Ville :

Ambre Bosu-Cavalin, Maïa Boyer, Myriam Cissé, Alia Cottalorda, Alexia Delepine, Pauline Eberlé,

Romain Esposito, Aurélie Gaudin, Robinson Leclerc, Noa Lejard, Hugo Malojo, Margot Michel,

Lorraine Pierron, Ilona Pochetat-Lecoubier, Marie-Lou Ragot et Julien Satta.

D’après Qu’est-ce que le théâtre ? de Hervé Blutsch et Benoît Lambert et Moi, j’ai rien d’intéressant à dire, Petits propos sur le théâtre par ceux qui n’y vont  presque pas de Jean-Pierre Moulères.

Direction de l’interprétation et montage : Marie-Aude Weiss et Marie-Noëlle Vibert.
 

Britannicus de Racine (extraits)

Enregistrement réalisé en juin 2020, à distance, avec des élèves de Terminale L spécialité théâtre du lycée Galilée, Combs-la-Ville :

Louane François (Narcisse), Marius Hestin (Néron), Alexia Planche (Junie),

Capucine Rosemond (Junie), Marie Rousseau (Britannicus puis Burrhus),

Claire Delpech (Agrippine).

Musique : Evgueni et Sacha Galperine

Direction de l’interprétation et montage : Cécile Gérard et Marie-Noëlle Vibert

Avec le soutien du Théâtre Sénart et de la DRAC Île-de-France

En fait j’ai rêvé que j’étais avec vous quelque part…

Projet théâtre face caméra en confinement

Montage vidéo réalisé à distance, en juin 2020, avec les élèves de Première spécialité théâtre du lycée Galilée, Combs-la-Ville :

Yasmine Behloul, Nicolas Boudou, Naveena Busawon, Imane Chellik, Romane Coiffier-Sorin, Alice Da Silva,

Clara Devenne, Merwan Drissi, Léonie Dubois, Mélody Fernandes, Antoines Hate, Victoria Mausole, Claire Nedelec, Camille Oruz, Lennie Payet, Julie Perrault et Samy Tezkratt.

D’après

Points de suspension et L’espace vide de Peter Brook, George Kaplan de Frédéric Sonntag, Une École de la création théâtrale d’Alain Knapp, Moi, j’ai rien d’intéressant à dire, Petits propos sur le théâtre par ceux qui n’y vont presque pas de Jean-Pierre Moulères, Ma chambre froide de Joël Pommerat, Les Géants de la montagne de Luigi Pirandello, Manifeste pour un théâtre avorté et Le théâtre et son double d’Antonin Artaud, Nous les héros de Jean-Luc Lagarce, Petit Organon pour le théâtre de Bertolt Brecht, Journaux de répétition de Klaus-Michaël Grüber, Un Monsieur qui n’aime pas les monologues de Georges Feydeau, Res / Persona de Ronan Chéneau, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare,

ainsi que les textes d’invention des élèves.

Montage : Julie Perrault

Projet accompagné par Marion Suzanne et Marie-Noëlle Vibert

Avec le soutien du Théâtre Sénart et de la DRAC Île-de-France